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Vila-Matas, Enrique (1948-....)

Biographie

À dix-huit ans, il commence une série de collaborations pour la revue de cinéma Fotogramas, avec de fausses interviews, qui annoncent ses futurs vrais-faux romans. En 1970, il réalise deux courts métrages puis, l'année suivante, part accomplir son service militaire à Melilla, où il rédige son premier roman publié, Mujer en el espejo contemplando un paisaje (Femme dans le miroir regardant un paysage, 1973). De retour à Barcelone en 1972, il écrit des critiques de films pour des revues.

À cette époque, Barcelone vit les derniers soubresauts du franquisme. C’est pourquoi, en 1974, il décide de partir pour Paris, et s’installe dans une chambre de bonne occupée auparavant par le dramaturge argentin Copi, que lui loue Marguerite Duras dans les combles de son appartement, 5 rue Saint-Benoît. Une période dont il rendra compte, bien plus tard, dans son bildungsroman París no se acaba nunca (Paris ne finit jamais, 2003). Il met à profit ce séjour de deux ans pour écrire La asesina ilustrada (1977), son deuxième roman. Il rencontre entre temps en 1976 Paula de Parme, qui deviendra son épouse.

De retour à Barcelone, il se plonge dans l’intense vie sociale et culturelle de la « gauche divine », jusqu’à atteindre un statut d´auteur « confidentiel » avec un troisième récit, Al sur de los párpados (Au sud des paupières), paru à Madrid en 1980, et un premier recueil de nouvelles, Nunca voy al cine (Je ne vais jamais au cinéma, 1981), avant de devenir un auteur-culte avec Impostura (1984) et surtout grâce à son premier véritable succès, Historia abreviada de la literatura portátil (1985), déjà sous l’aile protectrice de l’éditeur à la mode Jorge Herralde (Editorial Anagrama). Ses textes (romans et recueils de nouvelles) rencontrent un succès d’estime — en Espagne et aussi à l’étranger — qui ne se dément pas au fil des titres, toujours axés sur trois thèmes majeurs : la figure de l’écrivain et sa difficulté, voire son impossibilité, à écrire ; les rapports d’affrontement/soumission, en prolongement de la Lettre au père de Kafka, entre pères et fils ; l’éloignement des autres et de soi-même jusqu’à la disparition.

Dans Una casa para siempre (Une maison pour toujours, 1988), un ventriloque prend congé du monde pour pouvoir assouvir une vengeance amoureuse ; Suicidios ejemplares (1991), se présente comme un manuel du ratage permanent ; Hijos sin hijos (Enfants sans enfants, 1994), aspire à rendre compte du refus obsessionnel de la répétition ; Lejos de Veracruz (1995) est le roman de la haine familiale et de la fuite comme nourriture littéraire ; Extraña forma de vida (Étrange façon de vivre, 1997) exprime le désir de métamorphose qu’habite tout écrivain ; El viaje vertical (2000, prix Rómulo Gallegos), se veut le roman du « désapprentissage » dans un voyage à rebours, vers la non-intention, le non-vouloir, le non-voyage ; Bartleby y compañía (2001), enfin, bercé par le célèbre « I would prefer not to » (Je préfère mieux pas) du personnage de Melville (voir Bartleby), est un parcours empreint de mélancolie vers le non-agir et l´ascétisme littéraire.